Propos de Camélia Ouldammar. Mise en récit avec Elias Sougrati à Toulouse

Il fait beau. Toute la cité est dehors. Au fond de la terrasse, casquette vissée sur le crâne et cigarette à la main, un cinquantenaire joue aux cartes avec un collègue. Deux tables plus loin, des ados se marrent devant une vidéo. Au loin, des jeunes tapent au ballon.

Ici c’est la Reynerie. Quartier du grand Mirail à Toulouse. Un quartier populaire avec toutes ces barres de logements sociaux. Un quartier qui craint selon certains. Moi aussi, au début, j’étais pleine de préjugés. Maintenant … plus du tout.

Sur cette même place, selon les jours, l’ambiance peut être différente. Plateforme de deal, petite délinquance, règlement de comptes … La confrontation entre les jeunes et la police locale c’est un peu comme un OM – PSG. Les voitures calcinées remplacent les fumigènes. Le jeu rapide prend la forme d’une attaque défense aux contre-attaques éclaires. Bref, un peu plus que de la violence du quotidien. Et pourtant … Au coup de sifflet final de l’arbitre, la cité reprend son calme. La Reynerie c’est un lieu avec une vraie vie de quartier … des commerces … des familles qui vivent ‘normalement’. Je n’ai pas peur de m’y rendre. Je m’y balade seule. À coup sûr il ne m’arrivera rien.  Le trafic est la OK. C’est un monde à part, avec ces espaces et ces codes. Hors de ce monde, tout redevient normal et la rue n’est pas plus dangereuse qu’à un autre endroit.

Je ne suis pas une fille de la Reynerie. Je ne viens pas d’ici. Je connais le quartier presque par accident. Jusqu’à il y a quelques semaines, je travaillais pour une association en bas d’immeuble. Notre but :  être un espace d’accueil dans le quartier, proposer un suivi et une aide administrative pour les personnes qui le désirent et organiser des évènements et des sorties en tout genre. Le public est essentiellement féminin. Il y a des enfants aussi, parfois des hommes, mais de manière beaucoup plus ponctuelle. La Reynerie ce n’est pas un type de gens. Mais des types de gens. C’est un melting pot à ciel ouvert de personnes d’origines différentes. Pauvres et précaires pour l’essentiel.

J’ai fait des études d’architectures. L’idéal aurait été de sauter le pas directement au bout du master. Tous les étudiants se voient déjà chef de projets en agence. Il faut le dire … j’ai galéré. Là où j’étais en stage, ils ne pouvaient pas me garder faute de moyen.

J’ai cherché … et …  je suis tombée sur cette annonce de service civique. Au lieu d’attendre éternellement un emploi, je me suis lancée. Bosser à la Reynerie. Pas un plan de carrière, mais je m’y suis bien plu.

Même moi, à la base, je ne savais pas trop ce qu’était un service civique. Pour faire court, c’est une mission d’intérêt général que tu mènes en faveur de l’état. Cela se fait majoritairement dans des associations. C’est un ‘service’ que tu rends à l’état en prônant les ‘valeurs’ de la république. C’est une mission à but non lucratif, mais j’ai quand même été payé … comme un stagiaire.

Au bout de 8 mois dans cette structure, j’ai eu la chance de connaître pas mal de monde dans le quartier. Au-delà des actions qui pour certaines ont été positives, l’important est de garder un suivi continu et non ponctuel, d’accompagner les personnes par la discussion et non le jugement. Introduire le dialogue c’est déjà un résultat en soi. Les avis des uns et des autres peuvent être divergents. Je n’étais certainement pas d’accord avec tous. Mais il faut savoir s’effacer et établir les priorités de chacun. La clef. Savoir développer des choses qui les concernent vraiment. Alors oui … arriver avec nos idées et nos préjugés sur ces lieux c’est une chose, et c’est dur de s’en débarrasser, mais l’important est de se mettre dans le « bain », être à l’écoute et finalement aider les gens comme on peut.

Je suis très contente d’avoir été dans cette association. D’autant plus à la Reynerie. Je voulais vivre les « quartiers » de plus près. Je ne voulais pas rester sur l’image que l’on donne du Mirail et des banlieues. Le bilan côté pile est positif. Le bilan côté face l’est un peu moins. Après avoir bien été accueilli, je suis un point déçu de comment cela c’est fini avec l’asso’. Le dialogue n’a pas toujours été des plus simples avec les supérieurs. Il y a eu des divergences de points de vue en termes de communication et vision sur le terrain. Le problème avec le service civique, c’est que comme c’est une mission déterminée dans le temps, on est indispensable pendant une longue période. Mais ensuite au bout des 8 mois … l’organisme d’accueil sait que l’on va partir et que l’on va être remplacé et l’on perd un peu d’intérêt. J’ai eu du mal à encaisser … après autant d’investissement.

Vous devez vous demander où j’en suis maintenant. J’ai un nouvel emploi depuis quelques mois. Dans mon domaine en architecture. Mais je n’oublie pas la Reynerie .

Son aspect social et ces gens …

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