Par Jeanne Francillon et Anthony Richard à Yverdon-les-Bains (SUISSE)

«  Le Vaudois aime

Le lac depuis le bord,

La montagne depuis en bas,

L’église depuis dehors,

La pinte depuis dedans ».

Une porte claque. Un verre se brise. Par ici, on rit. Par là, on s’agite. Pendant que certains repassent une commande, un homme salue ses camarades et sort en coup de vent. La porte claque à nouveau. Et les discussions reprennent de plus belle, la vie reprend son cours. On dénonce, on consent, on désapprouve, on condamne. Par moment, le feu de la conversation s’estompe, disparaît même. Et puis, soudainement, il reprend. Petit à petit, il redevient le brasier qui, tant de fois déjà, a déchaîné les passions.

C’est le quotidien du bistrot.

Le National n’est pas une institution. Il reste discret et sait se faire oublier derrière sa grande verrière qui donne sur la rue. C’est un anonyme. Un grand inconnu.

Cette vieille porte coulissante tirée, on y découvre un bistrot quasiment inchangé depuis vingt ans.

Au fond, imposante, une large photo des Hauts d’Yverdon.

On jette un rapide coup d’œil à la dizaine de tables que compte l’établissement. Toutes identiques.  On opte finalement pour l’une d’entre elles.

Assis, notre regard parcourt la pièce. On remarque immédiatement que  l’ameublement est succinct, les chaises et les banquettes sont en bois, dans un ton tout à fait neutre. Seule décoration : une plante verte déposée sur une table, sauvée de la solitude par des papillons en papier accrochés sur les parois des murs.

Les tableaux nous aident à choisir notre consommation. Boisson alcoolisée ou fondue. Faites votre choix.

Suivant le jour et l’heure à laquelle on se trouve, on peut apercevoir certains clients lisant le journal, buvant un verre seuls ou accompagnés. Peu de conversations à voie haute. Peu d’éclats de rire. Radio Nostalgie nous berce. Elle rythme les silences. Ici et là des habitués. Ils sont facilement reconnaissables, ils ne se mélangent pas. Sexagénaires… ont leurs places attitrées. Proches de la tenancière, ils sont attablés à la table ronde au fond de l’établissement et parfois boivent une gorgée de vin en sa compagnie. Ils se comprennent. Ils maintiennent des habitudes. Ils vieillissent avec le National. La frontière de l’amitié n’est pas bien définie.

Pour beaucoup le National est sur la route. On y attend sa femme durant les heures de marché. On y boit une pinte. C’est ce petit bistrot qu’on aime, un espace refuge.

La tenancière vit  l’appartement du dessus. Le fond de commerce a été repris sur un coup de tête. Un changement de vie et un lieu qui la remplie … cette vie.

Le verre est vide, il est temps d’y aller. On laisse de la monnaie sur la table avant de se rhabiller…

 final

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