Propos recueillis par L'(H)urbain à Paris (18è arrondissement)
Photographie : « Carnets aux petites choses »

La porte de Clignancourt. Un marché aux puces, un quartier multiculturel, rythmé par ses mouvements à la croisée du boulevard périphérique, métros et futur tramway. La porte de Clignancourt c’est aussi le passage de la petite ceinture. Un linéaire ferroviaire qui suit les limites de Paris. Trafic de voyageur puis exclusivement de marchandise, son exploitation s’arrêta net en 1993. Désormais lieu de halte et de repos, L’(h)urbain vous propose de découvrir ce tronçon ferroviaire, devenu jardin, et indicateur d’une société en mouvement qui recèle de nombreux secrets. Dont le parcours d’Elise, une habitante du quartier qui depuis la découverte de ce bout de verdure, voit désormais autrement le quartier, son quartier.

Au milieu des années 90, emmuré par un grillage, plus rien ne se passe sur ce segment condamné de la petite ceinture. L’activité industrielle a disparu et la nature reprend petit à petit le contrôle. Un écosystème se recrée. Une trame verte renaît au fil du temps. Vision contemporaine idéalisée de la petite ceinture ? Oui. Pourtant, le tableau à la porte de Clignancourt est tout autre, et les déchets s’amoncellent. Les passants se débarrassent de fragments de vie.  Le lieu devient un dépôt de matières en tout genre à ciel ouvert. Les abords y sont crains. Cette situation engendre mobilisation, colère et revendication des riverains. A l’origine, il s’agissait d’un besoin de nettoyer le site afin d’en gommer les imperfections visuelles et odorantes. Avec les années et la répétition des actes, lasse des efforts sans effets, la donne changea. Les riverains voulurent donner un autre sens au lieu. Une nouvelle identité émerge sur ce petit segment ferroviaire. Le paysage fut restructuré, plantes et fleurs furent semées. La « déchetterie », nom dont les habitants aiment à se rappeler, laissa place à un jardin vivant, habité, et partagé. Avec la répétition des actions, et une volonté indéniable, le site devint progressivement une cause commune nichée entre deux îlots de béton. Au point que la Ville eu envie d’accompagner l’association nouvellement créée dans son projet de jardin, et de convaincre, ensemble, le propriétaire du site (RFF) de céder la gestion d’un des quais.

Extrait du film : « Paris, un désir nommé tramway » par F.Godard, 2000

De nos jours l’activité du jardin va bien au-delà des espérances d’origines. L’association compte près de 300 adhérents et l’ancienne friche est devenue un havre de paix. Accessible par un escalier qui le relie au pont de la rue du Ruisseau, le jardin invite au repos et à l’évasion. C’est là, au sous-sol de l’agitation urbaine que se côtoient poules, ruches et compositions florales. Certains jouent aux cartes ou se donnent rendez-vous. D’autres lisent. Des activités sont organisés pour les plus petits et l’on peut venir y «travailler la terre ».

Mais ce jardin a aussi fait naître de belles histoires. Nous sommes au milieu des années 2000. Elise , jeune femme dynamique d’une trentaine d’années, pleine de vie, profitant pleinement de sa vie parisienne, est licenciée de la société dans laquelle elle exerce. La suite est faite de doutes, pertes de repères et remise en question. C’est au hasard d’une belle matinée de printemps, arpentant le quartier et en recherche d’une certaine évasion, qu’elle aperçoit à l’angle d’un virage de la rue du Ruisseau, (situé en contrebas) le jardin des Ruisseaux. Elle ne le savait pas encore mais cette rencontre bouleversa son destin. D’abord en tant qu’usager du lieu elle « venait lire, et s’évader d’un quotidien devenu compliqué », puis elle s’investit petit à petit dans le projet, jusqu’à s’y impliquer en tant que membre. Aujourd’hui salariée de l’association, c’est avec une certaine émotion qu’elle raconte que ce projet, ce nouvel environnement, “lui a permis de reprendre confiance”. Lui a permis d’ouvrir un autre regard sur le quartier de la porte de Clignancourt.

Par cette activité, le quotidien d’Elise est désormais parsemé de nouvelles rencontres avec les habitants du quartier, d’opportunités et de découvertes en tous genres. Extraits.

« Sans ce jardin, je ne connaitrais pas le quartier de la porte de Clignancourt. Lorsque je me promène dans la rue ou que je vais dans les commerces, je reconnais les gens de mon quartier, je me sens moins seule. Avant, j’étais centré sur le boulot et les activités dispersées dans Paris. A une époque je n’aurai pas eu l’idée et le courage de rentrer dans certains cafés, là je connais beaucoup de monde. Maintenant le quartier m’est plus familier, je trouve ça précieux sachant qu’à l’origine je suis arrivé dans le jardin avec inconscience. Ce lieu apporte de la beauté, de la fraîcheur, de l’apaisement et du calme. Chaque parcelle témoigne de la personnalité de chacun, rien n’est fixe. Bien sur, des amitiés peuvent se créer tout comme des incompatibilités mais chacun peut y trouver sa place. »

“Il fallait créer un jardin pédagogique et non partagé pour informer et éduquer. L’idée était aussi de passer par les enfants pour essayer de transformer les mentalités par le jardinage. Cela permet de mettre la main dans la terre et cela fait du bien”.

« Si je suis amené à déménager, je chercherai bien entendu une activité similaire dans le quartier. Ici, les rencontres se font petit à petit et facilement. On ne consomme rien. Les moments de partage sont gratuits. Le temps est en suspens […] ».

Pour aller plus loin :

Oasis urbaines : Paris
Réal. Bettina Clasen, Peter Moers. 44 min. Arte, 2016.

La réalisatrice Bettina Clasen filme les Jardins du Ruisseau au fil des saisons, mettant en valeur tous les bienfaits de cette oasis urbaine : reconnexion à la nature, création de lien social, transmission de valeurs et de connaissances sur la nature.

Cliquez ici pour en savoir plus sur l’association des Jardins du Ruisseau

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