Série littéraire : Fenêtre sur rue

Avec « Fenêtre sur rue » , Victor Comte nous propose une version actualisée des traditionnels feuilletons littéraires. 8 textes pour 8 instantanés de villes.
Aujourd’hui l’épisode 1 : la voie rapide !

Par Victor Comte à Lausanne (Suisse).
Victor est un jeune écrivain qui vit à Lausanne et étudie à l’Institut littéraire suisse (Haute Ecole des Arts de Bienne).

 

« La voie rapide »

La voie rapide passait à proximité de mon quartier, quand j’étais gosse. On trouvait de tout là-bas, les gens balançaient des trucs de leur voiture sans arrêt. Nos parents nous avaient interdit, aux autres enfants et à moi, de trainer autour, surtout aux heures de pointe. Mais on y découvrait trop de trésors pour ne pas y aller, encore et encore. On collectionnait les bouteilles étrangères que jetaient les camionneurs slaves. On les cachait derrière les piliers de béton, alignées les unes à côté des autres. Tant d’étiquettes avec les quatre lettres P-I-V-O, ou dans un alphabet incompréhensible. Il y avait des sacs plastiques un peu partout en méduses échouées et des cornets Mcdo. C’est là qu’on a vu nos premiers magazines de cul, les premiers sachets de capotes… Un jour, on est tombé sur un vélo qui avait dû se décrocher d’une voiture. Même avec sa roue tordue, on arrivait encore à rouler avec. Il y avait des morceaux de métal aussi, tranchant comme des rasoirs, des jantes de voiture… Une autre fois, on a trouvé un sac de jute ensanglanté. C’était une portée de petits chiots. On n’y est plus retourné après ça.

Plusieurs années après, alors que j’avais quitté le quartier depuis longtemps, j’y suis retourné un soir pour voir ce qu’était devenu notre caverne d’Ali Baba. Il y avait une femme sur place. Elle veillait une petite croix posée à même le béton, dans la neige, entourée de fleurs fanées. J’apprendrais plus tard que le fils de cette femme venait, comme nous à l’époque, fouiller les environs avec ses copains. Il se serait pris un bout de tôle en pleine tête, venant de l’autoroute, un peu moins d’un an avant ce soir-là. Je n’avais pas voulu la déranger, mais j’étais aller voir discrètement la cachette de notre collection de bières. Les gamins l’avaient augmenté d’une dizaine de bouteilles.

« Les enfants n’ont pas le même rapport à leur environnement que les adultes. C’est pour ça que leurs parents les protègent, leur enseignent les règles de sécurité, leur apprennent à regarder des deux côtés de la route. Pourtant, il y a des jours où j’aimerai retrouver le regard instinctif et ludique de l’enfant, cette audace de se dire que les trésors du bord de l’autoroute valent le risque de perdre la tête ». (Victor Comte)

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