Un entretien réalisé, à distance, par Elias Sougrati
En bas d’article une série de photographie de Toshiya Watanabe.

Habitant de la région de Fukushima depuis votre naissance, pouvez-vous décrire avec vos mots ce qu’était pour vous cette ville ?

La ville de Namie où je suis né et j’ai grandi est la ville voisine de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. La maison de mes parents est située à 8 km de la centrale nucléaire et j’y ai vécu jusqu’à l’âge de 18 ans, lorsque j’ai obtenu mon diplôme d’études secondaires.

Le paysage de la ville a beaucoup changé au cours des 8 dernières années. Avant l’accident nucléaire, Namie Town était un lieu de nature riche avec de magnifiques mers et montagnes où vivaient plus de 20 000 personnes.

En avril 2011, Namie Town a été désignée comme zone d’accès interdite par le gouvernement en raison de sa radioactivité.

Plus tard, le gouvernement a décidé de faire un travail de décontamination afin que les habitants puissent rentrer chez eux. L’activité de décontamination a débuté dans le centre-ville, jusqu’à arriver selon les autorités à une faible contamination radioactive en 2015.

Depuis mars 2017, tout le monde peut entrer dans le centre-ville.

Qu’est-ce que ça fait de voir une ville sans être humain ?

Quand je suis revenu dans la ville, vide de personnes pour la première fois, j’avais la sensation bizarre de me perdre dans un décor de film.

Je me souviens avoir marcher dans la ville avec des vertiges, la peur des radiations et le sentiment que tout cela était une situation irréelle.

Pourquoi y être revenu et photographier votre ville natale post-catastrophe ? Avez-vous le droit d’être là et de rester longtemps sur site ? n’est-ce pas trop risqué ?

Au début le gouvernement a désigné la ville comme une zone de non entrée. J’ai pensé que je ne pourrais plus jamais y aller.

Puis quand le seuil a baissé, seuls les habitants de Namie Town étaient autorisés à y pénétrer après un contrôle d’identité assez strict.

Mes premières photographies remontent au jour où ma mère a voulu retourner à Namie. J’ai conduit de Tokyo à la ville de Fukushima, où elle a été évacuée. Nous ne sommes pas entrés dans la ville à pied mais en voiture. Nous avons essayé de nettoyer et ranger notre maison touchée par le tremblement de terre. Nous avons rassemblé les objets auxquels nous tenions et les avons chargés dans la voiture. Il nous restait un peu de temps sur place, et c’est à ce moment que j’ai pris quelques photos.

J’ai décidé d’enregistrer l’emplacement de mes vieux souvenirs. Je voulais juste montrer à quel point ma ville natale était en train de changer, ou de ne pas changer, rien de plus.

Le niveau de contamination radioactive est différent selon les endroits. Par exemple, l’accès à la zone de montagne est toujours strictement limité en raison d’une forte contamination.

Étant donné que le niveau de contamination de la zone où se trouve la maison de mes parents était relativement faible, j’ai pu y pénétrer sans porter de vêtements de protection depuis 2012. Et depuis ce temps j’y retourne chaque 6 mois environ pour voir l’évolution de la ville.

Pensez-vous qu’un jour cette zone sera à nouveau habitable ?

Le gouvernement promeut des activités de décontamination afin que les habitants puissent revenir,

Les gens peuvent maintenant entrer dans le centre de la ville sans autorisation, le chemin de fer a également repris ses activités. Environ 600 ménages soit 900 personnes sont revenues en ville.

Pensez-vous qu’un jour les gens voudront revenir et y vivre à nouveau ? Y a-t-il pour les personnes qui ont dû quitter la ville un sentiment d’attachement au lieu ?

Ma mère et mes amis ne veulent plus revenir.Selon le dernier questionnaire des habitants de la ville, 13,5% des habitants veulent revenir, 31,6% sont sans avis tranchés et 49,5% ont décidé de ne pas revenir. Beaucoup de gens abandonnent leur retour, mais je pense que personne n’a encore été capable de se débarrasser de son attachement à la terre.C’est ce que nous appelons la ville natale, n’est-ce pas ?Même moi qui suis loin de ma ville natale depuis plus de 30 ans, j’y suis attaché. Le sentiment est peut-être même plus fort qu’avant le tremblement de terre.

 

 Cette série de photographie présente un diptyque: une photo prise peu après la catastrophe et une autre quelques années plus tard. Des choses changent et d’autres non …
(les photographies sont invariablement anciennes/récentes selon le collage)

Avec l’aimable autorisation de la galerie tokyoïte « Poetic Scape »

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Date : 2011/06/12 | 2012/06/10
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Date : 2013/08/14 | 2017/09/23
Pour en savoir plus sur le travail de Toshiya Watanabe vous pouvez naviguer sur son site

Il a remporté le  STEIDL BOOK AWARD JAPAN 2016 et sera publié chez l'éditeur allemand Steidel courant du mois d'avril 

Pour ceux de passage à Tokyo, ses photographies et bien d'autres peuvent se retrouver au sein de la galerie d'art Poetic Scape

 

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