Propos recueillis à Cergy-Pontoise par Elias Sougrati

A l’heure du transhumanisme, des êtres vivants, comme des végétaux, ne pourraient-ils pas bénéficier de l’innovation humaine pour accéder à de nouveaux espaces de liberté, et jouer un rôle pleinement autonome dans la société (h)urbaine. C’est autour de cette question que nous avons rencontré Still Human, une petite structure de la région parisienne créée par deux amis designers, passionnés de robotique, et poussés par cette envie de donner corps à des êtres végétaux. Curieux de comprendre le fonctionnement des pots connectés, cette rencontre nous a questionnée également sur le droit de ces êtres vivants dans les espaces urbains.

Vous n’avez pas la main verte ? N’ayez crainte ! Reliés à un pot connecté Biom, ou Gaia “sa grande sœur”, les végétaux pourront bientôt être autonome et  se déplacer en fonction de leurs besoins : “le pot relié à la plante va lui-même rechercher la lumière et l’ensoleillement”. Les plantes pourront nous dire si elles ont soif, chaud ou si elles sont attaquées par un parasite. Munis de notre smartphone, relié au “cloud”, nous pourrons communiquer avec ces chlorophylliens. Le pot reconnaît le végétal et nous prévient de ses besoins : besoin en humidité, besoin en engrais, température de la pièce, éclairage… Biome est un prototype d’intérieur quand Gaia est calibré pour l’extérieur. Biome est pour la maison quand Gaia est pour l’espace de l’entreprise.

Pour Mathias, son concepteur, “le pot-robotique serait un objet d’éducation, d’évolution des sociétés humaines/urbaines. Le rapport de domination de la culture sur la nature par la technique doit en effet être rediscuté”. Par ce procédé, l’homme n’asservit pas la plante mais lui donne des codes de lecture qui seraient compris par un individu lambda. Le pot donne de nouvelles capacités au végétal comme se mouvoir. En somme, il lui crée un nouvel espace d’expression et de liberté.

“L’idée est de fournir aux plantes le cerveau et les jambes qu’elles n’ont pas afin de produire une société végétale au sein de la société urbaine. Les capteurs font des analyses de besoins et ne vont pas plus loin. Pas d’affaires d’espionnages ici et pas de torture de nos amis végétaux. Le végétal n’a pas le même comportement que l’homme. Il exprime des choses à des degrés très différents du nôtre”. De nos jours dans des « laboratoires » il existe différents procédés pour essayer de comprendre plus en détail la plante à partir de l’évaluation de sa sève et des éléments chimiques et électriques qui la structurent. On enfonce des capteurs dans le tronc de la plante […] ce n’est pas trop  le but de Biome”.

“Avec Gaia, on reste au-dessus du bitume et on donne une capacité d’agir à la plante”. La plante le corps. Le robot, le cerveau. Le robot amène des éléments supplémentaires au rapport entre l’homme et la plante : l’identification et l’empathie. Gaia  pour son concepteur, sait ainsi rendre les plantes vivantes. Elles s’insèrent dans l’espace public d’une manière douce. L’engin ne fait pas de bruit et se déplace très lentement. Les vitesses sont inférieures au kilomètre heure pour ne pas brusquer la plante et le passant. Le jardin ou parc du futur est vu comme connecté et communicant mais devra rester calme et silencieux. Essence même de la nature (pas sûr !).

Ne pensez pas à un onglet langue « plante » au sein de Google Traduction ou une fonction « plante » chez SIRI. Faire parler la plante est balayé d’un revers de main par Mathias. Communiquer avec l’humain … une utopie auquel il n’a pas trop envie de se consacrer ou de dépenser de l’énergie. Et pourtant nous avons bien essayé d’en savoir plus : La diode et le pot ne peuvent-ils pas retranscrire les sentiments de la plante ? Ne sommes-nous pas à deux doigts de discuter avec cette autre forme du vivant ?

Pour lui, il ne reste plus qu’à fermer les yeux et se dire que peut être dans 10 ans, une nuée de cyborg végétal déambulerons dans nos parcs. Elles se déplaceront partout, autonome, dans toute les villes, dans nos intérieurs. Le paysage sera re questionné. Les saisons le seront tout autant. C’est une nouvelle façon de voir les choses. Le végétal serait envisagé comme un compagnon et non plus comme un simple meuble, objet de décoration ou de dépollution.

Cette rencontre nous questionne également sur le droit de ces êtres vivants dans les espaces urbains. Faut-il en arriver là, donner des capacités motrices aux végétaux, pour les considérer comme ayant des droits et qu’ils accèdent à une forme de liberté ?

La plante au même droit que l’homme. Fini l’indifférence autour de noms génériques comme « arbre ou plante ». Ces êtres ont des noms (platane, if, abélia,…), possèdent des caractéristiques propres, des envies, des besoins, et pourraient être outillés pour communiquer, nous sensibiliser, se dresser au rang d’être reconnu. Un procédé ludique et pédagogique pour démocratiser et permettre à tout un chacun d’être sensibilisé. En somme une forme de nouveau numéro pour « les nuls ». Certains sont déjà des symboles, représentent une culture, un territoire, un repère, un pays, pour leurs habitants ; ne faut-il pas aller plus loin pour mieux les considérer, les connaître, et ainsi faire de la ville, une ville durable ?

A l’aube de la ville robotique,  accepterions-nous également de partager, voir renforcer l’intensité des espaces publics avec des végétaux mobiles ? Sommes-nous prêts à voir des repères visuels du paysage et des saisons évoluer sans ordre naturel ?

biome 2
Des pots connectés , des paysages ?  – Illustration : Still Human
biome
Pot connecté Gaïa – Illustration : Still Human

Cliquez içi pour en savoir plus sur Gaïa et contacter l’équipe de « Still Human »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s