L’USAP : plus qu’un club de rugby … un engouement catalan

« …au delà, c’est aussi un porte drapeau qui permet à un département de s’afficher à un autre moment que lors du bulletin météo »

Propos recueillis par l'(H)urbain à Perpignan

Tu n’es pas joueur de rugby et pourtant supporter-abonné du club de l’USAP que tu suis depuis de nombreuses années, comment tu l’expliques ?

Effectivement, cela fait un moment que je suis l’USAP. Je suis abonné à l’USAP depuis le début des années 2000. Soit 16 ou 17 ans. Et même lorsque je suis parti de France, pendant une année pleine, j’ai conservé mon abonnement.

Et lorsque je me retourne sur ma jeunesse, c’est assez troublant. En effet, plus jeune, j’étais irrémédiablement attiré par le football. Je jouais à l’école, je jouais dans l’appartement, je jouais en bas de l’immeuble, … Si on partait à un mariage, je m’assurais qu’on ait bien un ballon de foot pour jouer.

En fait, avec le recul, j’aurais tendance à considérer que d’une certaine façon, j’ai suivi un destin social. J’ai grandi dans des HLM, au Bas Vernet. Il s’agit d’un quartier populaire de Perpignan, avec un mélange de populations plus ou moins récemment arrivés dans la région.

Dans ce contexte, le rugby, qui est un sport spécifique, n’avait pas vraiment de place. Là-bas, peu de monde en parlait. Enfin c’est mon impression. Par contre, tout le monde jouait au foot !

Le foot a été d’ailleurs pour moi un moyen de m’intégrer. Au collège, à la cantine, comme je me débrouillais ballon au pied, je me souviens que les plus grands acceptaient même que je joue avec eux ; ce qui facilitait les relations.

Malgré tout, curieux, et avec un grand père qui adorait le rugby, je suivais tout de même l’USAP. Je me souviens d’ailleurs que lors du repas de ma communion, avec mon papi, nous faisions des allers-retours entre le restaurant et la voiture pour écouter à la radio l’évolution du score d’un quart de finale de l’USAP, en 1995.

Lorsque nous avons déménagé dans un village en périphérie de Perpignan, j’ai dû m’adapter à un nouveau cadre et des nouveaux codes. Ici, plus de football entre midi et deux. Là, le rugby a une place. Une section sport étude existe… Je rencontre des copains qui parlent rugby. Je m’adapte. Sans trop de difficultés car j’aime le sport en général.

En 1998, l’USAP réalise un parcours sportif formidable. Une véritable ferveur embrase le département. Je suis « embarqué » par le ras-de-marais Par la suite, les résultats sont au rendez-vous. L’USAP surfe sur la vague du succès. Certains de mes amis aime aussi l’USAP. On profite, on surfe sur la vague et trois ou quatre ans plus tard, je m’abonne.

 Le club de l’Usap est souvent présenté comme un référent identitaire du département des Pyrénées-Orientales, qu’en est-il pour ses habitants ?

Je crois qu’on peut dire que l’USAP est un référent identitaire. La preuve en est que l’un des slogans du club, souvent repris par les supporters, est « Més qu’un club » (= »Plus qu’un club »).

L’USAP, c’est bien sûr une entité sportive, un club de rugby. Mais au-delà, c’est aussi un porte-drapeau qui permet à un département de s’afficher à un autre moment que lors du bulletin météo.

Ici, nous n’avons pas vraiment de tissus industriels. C’est peut-être un peu rapide comme raccourci, mais si je m’interroge sur nos richesses économiques, j’aurai tendance à penser à l’agriculture et au tourisme : des activités intrinsèquement liées à notre situation géographique qui nous offre des montagnes, de la mer, du soleil,…

Et avec l’USAP, est ce que ce n’est pas une façon de montrer que nous sommes aussi capables de faire des choses grâce à nos compétences, grâce à nos valeurs. Et ce terme de « valeurs » est important car j’ai souvent entendu des supporters s’identifier à leur équipe, déclarant préférer perdre un match plutôt que perdre les valeurs de ténacité et de combat caractéristiques des catalans. Je pense d’ailleurs que nous avons plus souvent accepté et intégré de sombres inconnus plutôt qu’adulé des stars…

L’USAP est donc peut être une façon de montrer que nous sommes capables. Et en 1998, ce constat prend une consistance toute particulière. En effet, c’est le tout début du professionnalisme dans le rugby, et nous à Perpignan, on réussit ! On trouve notre place. Et du coup, on l’affiche !

 15 000 supporters catalans étaient présents à Toulouse lors de la dernière finale de Pro D2 du club en 2018, près de 40 000 en 2009 pour la finale du top 14 au stade de France, quelles sont les raisons d’un tel engouement ?

 Il est complexe d’expliquer un tel engouement car il y a énormément de paramètres qui s’entremêlent.

On l’a évoqué précédemment, la réussite de l’USAP, c’est la réussite de tout un peuple. Et il est important de bien considérer qu’il n’y a rien de sectaire dans ce terme de « peuple ». La preuve en est la formidable « Marseillaise » reprise à tue-tête par les supporters catalans, en ouverture de la dernière finale.

Pour en revenir au propos initial, on a, je crois, de la fierté donc ! Et cela se conjugue avec une envie de sortir du département, de faire une fête, tout en affichant nos couleurs. C’est la volonté de partager un moment ensemble, en mettant en avant une certaine façon de vivre. En témoigne les grillades qui se préparent irrémédiablement lors de chaque phase finale. Un moment incroyable de partage où l’on apprécie que les supporters de l’autre équipe viennent se joindre à nous.

Le titre de champion 2017-2018 a été fêté avec les joueurs sur la place du Castillet (place publique située au centre-ville) plutôt que dans le stade, qu’est-ce que ce lieu représente pour toi supporter catalan ?

De façon très rationnelle, je pense que la place du Castillet (qui s’appelle « Place de la victoire ») est l’un des seuls, voire le seul lieu du département ouvert à tous, accessible et capable d’accueillir une foule conséquente.

Très honnêtement, on m’aurait dit que la fête se déroulerait sur les berges de la Têt (le fleuve qui traverse une partie du département), je crois que j’y serai aussi allé. D’une certaine façon, peu importe le lieu, pourvu que la fête soit belle.

Pour moi, le Castillet (ancienne prison et porte de la ville) est représentatif de Perpignan. Pas forcément des Pyrénées orientales. Je ne suis pas certain que le peuple catalan s’identifie au Castillet. Il y a des gens qui suivent l’USAP aux quatre coins du département et je ne pense pas que le Castillet soit véritablement un élément fédérateur, bien que très présent dans notre imaginaire collectif.

Il n’en demeure pas moins que le Castillet est présent sur le logo de la ville de Perpignan et a donc toujours occupé une place importante dans l’imagerie « usapiste ». Ce qui donne une légitimité évidente à cet endroit pour venir célébrer une grande fête pour un département.

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