Roissy CDG : étape reine du tour cycliste du déconfinement

Texte soumis à l'(H)urbain par un habitant de Tremblay-en-France

L’aéroport Charles de Gaulle. Un monument silencieux. Vide.

Le ballet incessant des voitures n’est plus. Comme si la voiture individuelle n’avait jamais existé. Comme si le bitume avait été coulé là par accident. Le vide apparent laisse prendre la pleine mesure de la place de la voirie. Bornée dans une trame sans identité. Imposante et timide à la fois. Elle épuise le regard.  Ça se croise. En ligne droite. Ça intimide. Ça intègre et rejette. On a la sensation d’être toujours en surplomb. Au-dessus de quelque chose.  Moteurs endormis sur les bords du tarmac, la file de taxi est réduite à deux ou trois véhicules. Les tacos clandestins ne se jettent plus sur les clients. Les lapins osent utiliser l’espace public. Les bancs extérieurs sont vides. En vrai, il ne reste plus que les naufragés du covid. La gestion industrielle laisse place au cas par cas. Personne ne court. Téléphone à la main. La polyphonie de sons et de langues laisse place au bruit du vent.

L’aéroport Charles de Gaulle est à l’arrêt.

Nous nous donnons rendez-vous.  D’autres viennent un peu par hasard. Curieux de voir cette cathédrale aéroportuaire si calme. C’est un plan vélo improvisé. Une piste à ciel ouvert. Un paradoxe du moment. Cycliste de tous bords. Vélo neuf, de course, VTT, vélos plus anciens. Le soir, nous pédalons.

Le petit coucou au concorde stationné est devenu une tradition. Je me demande pourquoi personne n’y a vu l’occasion d’un nouveau marché. Photo Flash. Votre photo développée en 5 minutes. Mieux qu’une médaille et un t-shirt. Une preuve ultime d’y être allé.

C’est calme. Beaucoup trop calme. En mode avion. Presque dérangeant. Les images du passé provoquent une certaine nostalgie d’un monde, ancien, que beaucoup abhorrent, temporairement. Cela me fait penser à Montréal. Au circuit Villeneuve où les bolides laissent place nette le dimanche aux deux roues. Les voies prennent l’allure d’une piste de course. Vélodrome bitumé, où alternent sections plates, faux plats et montées qui déglinguent les cuisses et mollets. Ici pas de chronomètres. Même si cela aurait été drôle de mettre en place un petit championnat. Sur des portions courtes. Rapides.

Je n’utilise pas STRAVA. Je suis à l’ancienne. Peu équipé. Pas de technologie embarquée. Juste là pour profiter de l’instant. En toute sécurité.

C’est assez déroutant d’être seul. Tous ces bâtiments sont dimensionnés pour des milliers-millions de personnes et nous sommes seuls. Cette pensée me traverse souvent l’esprit. Je prends le temps de m’arrêter et je regarde toute cette architecture devant moi. Qui n’a plus de fonctions. Qui est un vestige temporaire. Le monde va peut-être ressembler à cela un jour. Des milliers de kilomètres de vestiges …

Il faut être un peu fou pour s’y aventurer. Beaucoup flippent en silence. Par peur de se perdre. Par peur de louper la bonne sortie. Comme si l’on entrait dans une zone de non droit. Ils suivent les énormes panneaux. Se tordent le cou. T1. T2. Des indications de lieux qui rythment la pédale. Mes compagnons d’efforts viennent d’un peu partout de l’île de France. Comme une étape du tour de France à avoir sur son compteur. Un moment. Temporaire. Parce qu’ils savent que tout va reprendre. Parce que nous savons que tout vas reprendre très vite. Et que dans pas longtemps, tout cela redeviendra une bouffée de gaz, de bruits et d’agitation …

 

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