Un texte publié par l'(H)urbain à partir d’un cyber-café d’Hambourg (Allemagne)

Je ne connaissais pas Hambourg.

Un vide. Une itinérance d’été. Une étape dans un parcours.

Les villes hanséatiques cela sonne bien.

Hambourg. Ça fait chic.

C’est une ville que l’on connaît, mais pas trop.

L’on sait où c’est, mais personne n’y est jamais allé.

C’est ce genre de ville à anecdotes, faciles à retranscrire.

La première image que j’eus d’elle fut une image souriante.

Comme si j’étais attendu. Impression première. Idéalisée.

J’avais zoné sur les tréfonds des internet. Je l’avais stalké. J’avais lu des pages et des pages sur elle.

Les premières fois. Je ne sais pas pour vous, mais on y pense et l’on se noie dans une foule de certitudes et d’images. On ne sait plus distinguer le trop-plein du réel de l’irréel. On ne sait pas trop où s’arrête la subjectivité. La tête est full. Full de pleins de choses.

Je m’y déplace. Avec envie. Elle m’accueille. Une femme m’accueille par ces cris à première vue drôles, à seconde vue inquiétante. Je la recroiserais plusieurs fois en quelques jours avec ce même faux réflexe d’étonnement (désolidarisation cognitive ?) et un instinct voyeur qui incite à se poser inlassablement les mêmes questions : Qui est-ce ? pourquoi crie-t-elle à chaque coin de rue ? Hambourg est-il ce cri ?

Je marche sans but. Monckebergstrase. Je pensais centre-ville. Je vois centre commercial.

L’Elbe c’est comme une personne qu’Hambourg a aimé. Ils se sont disputés. Ils tentent de se rabibocher. Hafen city une preuve d’amour. La philharmonique, un balcon où Hambourg lui dit « OK, tu ne veux pas tourner la page ? ».

Il m’a fallu quelque temps avant de lever les yeux au ciel.

De voir au-dessus de la cime des bâtiments ces tiges de ferrailles qui transpercent les cieux. Jaunes. Rouges. Une grue. Puis deux. Émiettées ainsi dans l’espace. Rassemblées par affinité, elles forment comme des microforêts du minéral. Ces grues sont l’évocation du pouvoir.

Pouvoir d’agir. De construire. De changer le cours des choses. Elles sont à l’image de l’époque. Elles s’imposent à nous. Grandes. Hautes. Bouleversant le paysage. Et pourtant elles savent se rendre également invisibles. Pacte tacite de non-agression, notre regard les fuit. À moins que ce soit leurs intégrations au sein du grand paysage qui nous les fait oublier. Présentes, mais pas trop, elles me font penser aux cathédrales érigées à la suite de la grande réforme protestante. Dominatrice. Porteuse de vents nouveaux. Bien ancrée au sol. Tenant leur rang et leur discours.

La constellation de grues nuance le bleu profond du ciel. Le vent vient chanter dans ces interstices. Les oiseaux les utilisent comme nichoirs ou pistes de danse.

La nuit, elles scintillent. Feux de joie. Les différents points lumineux remplaceraient presque les étoiles.

Me revient en tête le titre d’un des bouquins de Bohringer : « C’est beau une ville la nuit ». Oui c’est cela, elle est belle cette ville la nuit.  On en oublie la symbolique de la grue. Son but. Reste le sentiment d’œuvre d’art. Non voulue. Ponctuelle. Insensible. La bête machine, puissante, laisse place à mes yeux à une douceur, un trait subjectif du quotidien, qui ressemble plus à un arbre qu’à un outil.

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